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Série « Ubérisation : enquête mondiale » · E-CAB Media

Tour du monde de l'ubérisation : comment la planète tente de reprendre le contrôle

Ubérisation dans le monde

Volet international de notre série sur l'ubérisation. Panorama sourcé des réponses juridiques et sociales, pays par pays. Données 2024-2026.

Le débat français sur l'exploitation par les plateformes n'est pas une exception hexagonale : c'est la déclinaison locale d'un phénomène devenu planétaire. Selon la Banque mondiale, l'économie de plateforme compterait jusqu'à 435 millions de travailleurs — près de 12,5 % de la main-d'œuvre mondiale. Le secteur pèse quelque 10 200 milliards de dollars et a quasi doublé entre 2016 et 2021. Partout, la même promesse a rencontré la même réalité : dépendance à une application, rémunération à la baisse, déconnexions sans recours. Et partout, les États cherchent la parade. Tour d'horizon.

Le basculement de 2026 : un traité mondial

Le 12 juin 2026, à Genève, la Conférence internationale du travail a adopté la Convention n°193 « sur le travail décent dans l'économie des plateformes » — le premier instrument mondial contraignant du genre. Le vote est sans appel : 406 voix pour, 8 contre, 36 abstentions. Un socle de droits — salaire minimum, protection sociale, santé et sécurité — doit s'appliquer à tous les travailleurs de plateforme, quel que soit leur statut. Autre première : le texte encadre la gestion algorithmique, imposant de divulguer les décisions automatisées et un réexamen humain. Réserve de taille : il faut désormais le ratifier, pays par pays.

Europe : la présomption de salariat

Le Vieux Continent a choisi l'arme du statut. La directive (UE) 2024/2831 instaure une présomption de salariat et encadre l'algorithme ; transposition due avant le 2 décembre 2026. L'Espagne a montré la voie dès 2021 (« loi riders ») : après de lourdes amendes, Glovo a annoncé fin 2024 la salarisation de ses coursiers, quand Deliveroo quittait le pays. Au Royaume-Uni, la Cour suprême a reconnu dès 2021 (Aslam) le statut de « workers ». La France, elle, pousse jusqu'au terrain pénal de l'exploitation.

Amériques : du blocage à la percée

Aux États-Unis, les plateformes ont gagné une bataille décisive : la Proposition 22 a été maintenue par la Cour suprême de Californie en juillet 2024. Au Brésil, le président Lula a tenté d'imposer un socle de droits (salaire minimum de 32,10 R$/h, journée de 12 h max), retiré face aux résistances ; iFood fait l'objet d'une demande d'amende de 10 M R$. Le Chili a légiféré dès 2022, et la Colombie a voté en juin 2025 une réforme (loi 2466) reconnaissant livreurs dépendants et indépendants — en attente de décrets.

Asie : la masse et le mouvement

L'Inde concentre près de 27 % de l'offre mondiale de « gig » en ligne. Après le Rajasthan, le Karnataka a promulgué en 2025 une loi ambitieuse : conseil de protection sociale, redevance de 1 à 5 % sur les plateformes, identifiant unique, et préavis de 14 jours avant désactivation. La Chine et ses 200 millions de travailleurs imposent la transparence algorithmique à horizon 2027 ; Meituan et Ele.me (~6 millions de livreurs) déploient assurance sociale et systèmes anti-fatigue. En Indonésie, le 20 mai 2025, jusqu'à 500 000 chauffeurs « ojol » ont éteint leurs applications.

Afrique : la rue et les premiers syndicats

Au Kenya, où une réglementation de 2022 plafonne la commission à 18 %, deux jours de grève en avril 2025 ont conduit les autorités à ordonner une hausse des tarifs de 50 %. Le Nigeria a vu naître fin 2022 son premier syndicat d'applications (AUATWON), et l'Afrique du Sud connaît des grèves récurrentes sur les commissions et la sécurité.

Océanie : la troisième voie australienne

Depuis le 26 août 2024, l'Australie reconnaît les « employee-like workers » — ni salariés, ni purement indépendants. La Fair Work Commission peut fixer des standards minimaux et protège de la désactivation abusive.

Ce que dessine cette carte

La mosaïque révèle une convergence : de Genève à Bangalore, de Bruxelles à Nairobi, la même conviction s'impose — la flexibilité ne peut pas signifier l'absence de droits. Reste l'essentiel : ces textes ne vaudront que par leur application effective. Pour un acteur du transport comme le nôtre, ce panorama conforte une conviction : l'avenir n'est pas la main-d'œuvre corvéable, mais le professionnel formé, déclaré et dignement rémunéré.

Sources : OIT (Convention n°193, 2026) ; Banque mondiale ; directive (UE) 2024/2831 ; Cour suprême de Californie (2024) ; PL brésiliens ; loi colombienne 2466 ; Karnataka Act (2025) ; réglementations chinoises ; Fair Work Act australien ; autorités et syndicats du Kenya, Nigeria, Afrique du Sud.

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