Dossier · Enquête mondiale · E-CAB Media
Ubérisation : enquête mondiale
En dix ans, un mot est passé du jargon des start-up au cœur du débat de société : l'ubérisation. Derrière lui, un modèle d'une efficacité redoutable — une application, un statut d'indépendant, une rémunération à la tâche, un algorithme qui distribue le travail et note ceux qui l'exécutent. Ce dossier en six volets raconte ce modèle : d'où il vient, jusqu'où il va, ce qu'il coûte, et comment le monde entier tente aujourd'hui d'en reprendre le contrôle.
Comprendre le phénomène
Tout est parti du transport de personnes et de la livraison de repas. Mais le « gabarit » s'est révélé applicable à presque tout, et il a grandi à une vitesse vertigineuse : l'économie de plateforme représentait environ 556 milliards de dollars en 2024 et pourrait approcher 2 100 milliards à l'horizon 2033. Selon la Banque mondiale, elle occupe déjà jusqu'à 435 millions de personnes dans le monde — près de 12,5 % de la main-d'œuvre mondiale. En Inde, le nombre de « gig workers » pourrait passer de 7,7 millions en 2020 à 23,5 millions en 2030.
Cette croissance a un revers, documenté partout de la même manière : des revenus qui s'érodent à mesure que les commissions grimpent, une dépendance économique totale à une application, des déconnexions « sans préavis ni recours », et un pouvoir inédit — celui d'un algorithme qui exerce, dans les faits, les attributs d'un employeur sans en assumer les responsabilités. En France, la tension a atteint un sommet en 2026, avec des plaintes visant Uber, Uber Eats et Deliveroo pour « traite d'êtres humains » — le point de départ de notre dossier fondateur, « esclavage moderne ».
Mais 2026 est aussi une année de bascule dans l'autre sens. Le 12 juin 2026, l'Organisation internationale du travail a adopté la Convention n°193, premier traité mondial contraignant sur le travail de plateforme. L'Union européenne, elle, doit transposer avant décembre 2026 une directive instaurant une présomption de salariat. De l'Inde à la Colombie, de la Chine à l'Australie, les États légifèrent. Le rapport de force, longtemps favorable aux plateformes, commence à se déplacer.
Les six volets de l'enquête
Uberisation et « esclavage moderne »
Les plaintes de 2026, la location de comptes, le cadre juridique. La porte d'entrée de l'enquête.
Tour du monde de l'ubérisation
Europe, Amériques, Asie, Afrique, Océanie + le traité OIT de juin 2026.
Les revenus : la course vers le bas
Commissions en hausse, tarification algorithmique, pouvoir d'achat en chute.
La bataille du droit
Indépendant ou salarié ? La requalification, pays par pays.
L'algorithme-patron
La gestion algorithmique et les régulations qui l'encadrent.
Le prix humain
Accidents, santé, absence de filet social : la face cachée.
La nouvelle ubérisation
Ces métiers qu'elle gagne : santé, IA, sécurité, éducation…
Conclusion : un choix de société
Au terme de ce tour d'horizon, une évidence s'impose : l'ubérisation n'est pas une fatalité technologique, mais un choix d'organisation. Rien, dans une application, n'oblige à comprimer les revenus, à masquer les règles ou à priver de protection ceux qui prennent tous les risques. D'autres modèles existent, et le monde est précisément en train de le réaffirmer, traité après traité, loi après loi.
Reste la vraie bataille : celle de l'application. Une convention de l'OIT ne vaut que par ses ratifications, une directive que par sa transposition, une loi que par ses contrôles. Et l'histoire récente — des Uber Files aux offensives de lobbying — rappelle que les plateformes savent aussi bien s'adapter que résister. La question posée dépasse donc le transport ou la livraison : à mesure que le modèle gagne la santé, le soin, l'intelligence artificielle, c'est le travail tout entier, et sa dignité, qui sont en jeu.
Pour un métier comme le nôtre, la réponse n'a jamais varié. Un bon service ne peut pas reposer sur l'épuisement et la précarité de ceux qui l'assurent. Le modèle d'avenir, c'est celui du professionnel formé, déclaré, dignement rémunéré et protégé. Ce n'est pas un slogan : c'est une ligne — et cette enquête, du premier au dernier volet, explique pourquoi elle compte, bien au-delà de nous.
Enquête sourcée E-CAB Media. Sources détaillées dans chaque volet. Dossier évolutif. Sujet sensible : des dispositifs d'accompagnement des travailleurs existent.

