Série « Ubérisation : enquête mondiale » · Volet 2
Les revenus : la course vers le bas
Deuxième volet. Un dossier de chiffres, français et internationaux, sur la rémunération réelle des travailleurs de plateforme. Données 2021-2026, sourcées.
Jamais les plateformes n'ont autant transporté et livré, et jamais les revenus de ceux qui roulent et pédalent n'ont été aussi sous pression. Derrière la promesse d'un revenu « choisi », les données dessinent une tendance presque universelle : une érosion continue de la rémunération, à mesure que le nombre de travailleurs augmente et que la part prélevée par les applications grandit.
La chute française
Entre 2021 et 2024, le revenu horaire moyen des chauffeurs VTC a reculé de 5,2 % chez Uber, 9,9 % chez Bolt, 40,4 % chez Heetch. Côté livraison : −34,2 % chez Uber Eats, −22,7 % chez Deliveroo. En 2023, un livreur percevait ~4,45 € par livraison. Et cela, alors que le nombre de chauffeurs VTC bondissait de 27 % en un an.
La mécanique de la commission
Le taux de prélèvement d'Uber — son « take rate » — serait passé d'environ 20 % fin 2021 à près de 30 % fin 2024, et jusqu'au-delà de 50 % dans certains cas documentés aux États-Unis. Dans la livraison, la commission tourne autour de 30 %. Le Kenya a plafonné la commission à 18 % — plafond que les chauffeurs accusent les plateformes de contourner.
L'algorithme qui rogne
En juin 2025, une recherche de l'université d'Oxford a conclu que la tarification dynamique laisse chauffeurs et passagers perdants. Aux États-Unis, le revenu hebdomadaire moyen d'un chauffeur Uber est passé de 531 à 513 dollars entre 2023 et 2024 ; au Royaume-Uni, corrigé de l'inflation, de ~22 à 19 livres l'heure. 82 % des chauffeurs les plus anciens gagneraient désormais moins par heure qu'avant — alors que les passagers paient souvent davantage.
Les planchers, remparts fragiles
En France, un accord garantit depuis le 1er mai 2024 un revenu minimum de 30 € par heure travaillée aux VTC. Au Brésil, un plancher de 32,10 R$ de l'heure a été proposé avant d'être retiré. Un plancher ralentit la chute, mais ne l'inverse pas tant que commissions et algorithme restent inchangés.
Le piège du « chiffre d'affaires »
Le revenu affiché n'est presque jamais le revenu réel : il faut retrancher carburant, entretien, assurance, amortissement, cotisations — et le temps non rémunéré passé à attendre, connecté sans revenu. Le « 30 € de l'heure » brut peut fondre de moitié une fois toutes charges déduites.
De Paris à Londres, de São Paulo à Nairobi : un modèle où la variable d'ajustement est le revenu du travailleur. Ce n'est pas une fatalité technologique — c'est un choix. Chez E-CAB, nous défendons l'autre : le professionnel déclaré, formé et payé pour la valeur qu'il apporte.
Sources : Union des travailleurs indépendants (2024) ; ARPE ; université d'Oxford (juin 2025) ; National Employment Law Project ; données de marché Uber ; PL brésilien ; réglementation kényane (2022).

